
Jean Laurent Bras est journaliste depuis 1979. C'est son dernier festival. Il vient d'être nommé reporteur régional pour la Bretagne.
C’est pareil pour tout le monde… On lit Ouest-France pour se tenir au courant des événements du festival. On y trouve l’actualité du jour précèdent et le programme du soir.
Entretien avec Jean Laurent Bras, rédacteur en chef de l’édition de Lorient, pour mieux comprendre comment les journalistes préparent le journal pendant le festival. « On entre dans un tunnel de 10 jours. Personne ne compte ses heures», nous a-t-il expliqué.
A Ouest-France, combien des journalistes couvrent le festival ?
Huit rédacteurs dont cinq sont des professionnels et trois de jeunes stagiaires. Et puis trois photographes professionnels et deux secrétaires d’édition qui s’occupent de la mise en page des articles consacrés au festival.
Est-ce que c’est suffisant ?
Non… C’est même scandaleusement insuffisant [rires]. Le festival, pour nous, dure 15 jours. On commence à travailler la dernière semaine du juillet et nous continuons bien après la clôture officielle. C’est l’exercice le plus long que je connaisse.
Pendant le festival, les journalistes travaillent-ils à un rythme ordinaire ?
Pas du tout… La journée commence dès 9 h avec la conférence de rédaction et se poursuit jusqu’à 1 h du matin. Mais personne ne compte ses heures. Le premier jour, j’ai expliqué à tout le monde : « On entre dans un tunnel de dix jours. Pendant ces dix jours, on va oublier la fatigue, le repos. On prendra des congés à la fin du festival.
N’est-il pas difficile de travailler avec de jeunes stagiaires pendant un événement si important ?
Heureusement, ils ont déjà travaillé avec nous pendant le mois du juillet. Ils connaissent la ville assez bien maintenant. Ce qui est difficile pour eux, c’est l’adaptation au caractère particulier du festival. Parce qu’il faut avoir un peu de background : connaître les noms des instruments de musique, distinguer un Gallois d’un Asturien, assimiler un minimum de culture celtique. Il faut bosser, surtout sur le vocabulaire. Nous faisons le journal pour des lecteurs qui nous suivent pendant toute l’année. Si nous commettions de telles erreurs, ils nous ne pardonneraient pas !
Quelles sont les autres difficultés de la couverture du festival ?
Nous écrivons pour deux publics complètement différents. Le premier groupe connaît la culture mieux que les journalistes. Pour eux, on doit produire des articles crédibles. Le deuxième groupe est celui des festivaliers qui viennent de Marseille, de Montpellier, de Turquie, du Congo…Pour ces lecteurs, on doit produire des articles plus pédagogiques.
Les articles sur le festival sont-ils publiés seulement dans l’édition de Lorient?
Ils ont parfois une diffusion beaucoup plus large. Notre journal fait paraître chaque jour quarante éditions différentes qui comprennent des pages propres à chaque petite région de l’Ouest. Certains jours, quelques articles et quelques photos sont diffusés, soit pour toutes les régions, soit pour toute la Bretagne, soit pour l’ensemble du Morbihan, soit seulement dans les pages de Lorient.
Est-ce que les lecteurs des autres régions, qui ne sont pas de culture bretonne, sont intéressés par leur lecture ?
Pas vraiment. C’est une culture très particulière. Evidemment c’est très populaire en Bretagne. Mais dès qu’on sort de Bretagne, ce n’est plus aussi partagé.
Vous publiez chaque jour deux articles en breton et en anglais. Pourquoi ?
Le breton, c’est notre langue. Il serait bizarre de ne pas publier quelques articles en breton, au moins pendant le festival. Et puis les articles en anglais sont logiques aussi. La moitié des festivaliers parle anglais. On publie donc un article en anglais pour leur rendre service et qu’ils se disent que Ouest-France est aussi leur journal.
Alors pourquoi vous n’avez pas des articles en espagnol ?
On en avait les années passées. C’était Lisardo Lombardia qui les écrivait. Mais cette année il est devenu le directeur général du festival et j’ai perdu mon pigiste.
Est-ce qu’il y a plus de concurrence entre Ouest France et Le Télégramme pendant le festival ?
On est déjà en concurrence très forte pendant l’année. Mais le festival est un grand enjeu. Pendant le festival, environ 700 000 personnes visitent la ville. C’est une grande chance pour la promotion du journal. Et puis c’est le rendez-vous culturel de Bretagne. Il a une importance symbolique. Alors les deux journaux essayent d’être le meilleur.
Est-ce que la diffusion de l’édition de Lorient augmente pendant le festival ?
Pas autant qu’on peut le penser. Notre diffusion augmente de 20 % à 25 %. Normalement, ce devrait être plus pour un événement comme le FIL. L’augmentation n’est pas proportionnelle.
Est-ce que les tarifs de la publicité augmentent pendant le festival ? Gagnez-vous plus qu’une semaine ordinaire ?
Le prix de la publicité ne change pas et on ne gagne pas plus. C’est vrai que notre diffusion augmente. Mais, au mois d’août, beaucoup de nos lecteurs sont en vacances. Et puis, nous sommes partenaires du festival, nous avons des obligations financières. Nous considérons que nos efforts pendant le festival ne servent pas vraiment à gagner de l’argent mais à nous promouvoir.
Pinar Ersoy, Turquie